S’il y a des groupes qui n’ont pas encore cédé aux sirènes de la musique commerciale, Kenny Cornflakes a largement sa place parmi eux. Le quintette australien se définit comme « toilet punk » sur sa page Facebook et on aurait du mal à les contredire. Compositions minimalistes ou déjantées, paroles parfois inutiles (« Everybody Thinks I’m An Idiot », « Hello Hi« ), son lo-fi, Kenny Cornflakes rappelle un peu le rock indé du début des années 90 (Sonic Youth, Pixies), notamment sur « Speed Queen Washing Machine ».
Kenny Cornflakes est surtout le produit de ses deux têtes pensantes, Miriam Chidam et Sean Henry aux guitares et au chant. Un duo qui serait probablement comparé aux Kills ou aux White Stripes à longueur de journée si les Australiens étaient plus connus. Kenny Cornflakes a enregistré une ribambelle d’EP depuis sa création en 2007. En 2010 sort le premier album du groupe, Et Cetera, une sorte d’ode aux chansons trop courtes (« Super Pop Star », « Me In The Room ») qui réunit du coup 25 titres (dont seulement la moitié dépassent les 2 minutes).
Et Cetera, ce sont des distorsions musicales à la pelle, des rythmes improbables (« Frankenston », « Panafen Plus Stole My Heart »). Parodies de chansons pop au synthé, interludes douteux, guitares saturées, il y en a (presque) pour tous les goûts.

1995, c’est le début de la bataille range entre les fans de Blur et ceux d’Oasis, qui parviendront presque à faire oublier que la britpop ne se limitait pas à ces deux groupes. En 1994, Oasis avait débarqué avec Definitely Maybe, et (What’s The Story) Morning Glory? suivait pour 1995. Blur, arrivé sur scène en premier, se voyait dépassé par les frères Gallagher, après un Parklife (1994) plutôt bon mais pas assez percutant.
En 1995, donc, sort The Great Escape, déjà le quatrième album de la bande de Damon Albarn. L’écouter seul est déjà plaisant, l’opus regorgeant de très bons titres (« The Universal », « Globe Alone », « Country House », « Stereotypes »…). Blur joue sur des mélodies pop simples et entrainantes et d’autres plus calmes, réussissant mieux à les mêler que sur les albums précédents.
Mais The Great Escape s’écoute mieux avec Oasis en face. Car les deux groupes ont une philosophie diamétralement opposée. Quand Damon Albarn chante avec cynisme sur des mélodies relativement calmes (« Fade Away »), Liam Gallagher use de sa voix éraillée pour partager une envie de rêver (« Rock ‘n’ Roll Star »).
Le principal duel de l’histoire de la britpop se résume alors en une opposition entre des Londoniens désabusés qui présentent bien (« Charmless Man ») et des Mancuniens violents qui dissertent sur la beauté du monde (« Wonderwall »). Reste à savoir si vous serez plus gosse de riche cynique ou hooligan rêveur.

On peut souvent débattre sur ce que tomber dans l’oubli signifie. On trouvera toujours quelqu’un pour dire que les fans de tel ou tel groupe sont suffisamment nombreux pour que le groupe en question soit toujours sur le devant de la scène. Heureusement, certains artistes mettent tout le monde d’accord.
Passons sur Jeff Buckley ou Amy Winehouse et concentrons-nous sur The Servant, un groupe qui s’est séparé trois ans après son succès planétaire. En 2003, ce sont « Cells », « Liquefy » ou « Orchestra » qui font le tour des radios, donnant un sérieux coup de projecteur sur un groupe britannique psychédélique qui sort son premier album. Entre la voix hantée de Dan Black et des mélodies particulières, The Servant accroche certaines oreilles et en rebute beaucoup d’autres.
Trois ans auparavant, le groupe avait sorti deux EP, Mathematics et With The Invisible. Hormis « Biro », les titres sont un peu trop brouillons, mais préparent l’album The Servant qui sortira en 2003. Le premier album des Londoniens reste franchement inégal mais est porté par trois très bons singles. Parmi les autres titres de l’album, peu de réussites, sauf l’excellent « Jesus Says ».
The Servant sort un second album en 2006, How To Destroy A Relationship. Un opus qui tourne presque complètement le dos à l’aspect psychédélique de la musique des opus précédents. « Save Me Now », « Brains » ou « Sleep Deprivation » sont autant de titres qui, s’ils sonnent bien, ne ressemblent pas assez à du The Servant pour satisfaire complètement. La musique a l’air trop gentille, comme si Dan Black s’excusait d’avoir eu une voix hantée à faire mourir de rire ou de peur.
Peu après How To Destroy A Relationship, The Servant se séparent, leur succès et leur originalité déjà derrière eux.

Il y a des groupes qui semblent tout faire pour ne pas être écoutés. Mélanges de genres, effets de style hasardeux, toutes les techniques sont bonnes pour éloigner les auditeurs potentiels. Et puis, il y a …And So I Watch You From Afar qui mêle un nom à rallonge, une rythmique parfois proche du métal et un jeu à la guitare plus travaillé que dans le métal (n’en déplaise aux amateurs de ce style). Cet ensemble réellement unique (si vous trouvez un autre groupe qui joue la même chose, faites-moi signe) ajoute à son originalité : les deux albums du quatuor Nord-Irlandais sont instrumentaux.
Du coup, …And So I Watch You From Afar ressemble surtout à un groupe réalisant des bandes originales de films ou des musiques libres de droit. En tout cas, bien plus qu’à un groupe de rock alternatif qui retourne un public.
Après un premier album (And So I Watch You From Afar, 2009) plutôt nerveux (« Set Guitars To Kill »« TheseRIOTSareJUSTtheBEGINNING »), les quatre Nord-Irlandais (devenus trois à la suite du départ de l’un des guitaristes fin 2011) ont réalisé en 2011 Gangs, un opus un peu plus calme et plus technique que le précédent (« Gang (Starting Never Stopping) »« 7 Billion People Are Alive At Once »), tout en gardant de bons restes d’agressivité (« Search:Party:Animal »).

 

Dire d’America Give Up, le premier album des Américains de Howler, que c’est un mauvais album, est sévère. Mais dire qu’il est particulièrement bon ressemble à une erreur. Propulsés en avant par les radios et les magazines musicaux, Howler récite son rock entre blues, garage et surf rock. Les chansons, agrémentées d’une touche de lo-fi, glissent toutes seules entre les oreilles, s’enchaînent facilement. Mais à la première écoute, America Give Up ressemble à un album déjà entendu des dizaines de fois, avec une musique stéréotypée.
La confusion est facile, parce que Howler surfe sur le renouveau du blues. Derrière The Black Keys (dont les deux derniers albums, Brother (2010) et El Camino (2011), ont été presque unanimement encensés), ce sont The Black Lips ou encore The Black Angels qui font leur trou, dans un registre musical proche. Si chacun de ces groupes a un véritable talent, on serait tenté de croire que l’arrivée de Howler en haut de l’affiche n’est due qu’à sa chance de jouer la musique à la mode.
Howler fait toutefois un peu mieux qu’être au bon endroit au bon moment, avec quelques titres (« This One’s Different », « Pythagorean Fearem ») assez plaisants tout de même.

Trouvez un ami pour vous le prêter (3/5)

Si l’on voulait résumer tout Sonic Youth en un album, on pourrait peut-être le faire avec Washing Machine, sorti en 1995. A l’époque, le groupe américain de rock alternatif a déjà bien roulé sa bosse mais a un succès commercial encore limité. Créé en 1981, Sonic Youth doit attendre les années 1990 pour voir ses albums entrer dans les charts, d’abord au Royaume-Uni, puis dans le reste du monde occidental. Après les succès de Dirty (1992) et Experimental Jet-Set, Trash And No Star (1994), Washing Machine, onzième opus du groupe, assoie la réputation de Sonic Youth dans la catégorie rock crasseux.
Washing Machine est un concentré de guitares saturées et de solos longs comme le bras : entre le titre éponyme « Washing Machine » et le solo final (plus de 12 minutes) de « The Diamond Sea », qui clôture l’album, on est bien loin de la traditionnelle recette couplet-refrain-couplet-refrain-refrain habituelle. La plupart des titres sont joués sans basse, Kim Gordon lui préférant la guitare. Sonic Youth redouble donc de riffs saturés qui, ajoutés à un rythme assez lent, deviennent presque entêtant.
Le onzième opus des Américains est plus qu’un album de Sonic Youth : Kim Deal, bassiste de feu The Pixies (avant leur reformation en 2004) et à l’origine de The Breeders, donne de la voix sur « Little Trouble Girl ». Le rock crasseux des années 1990 est symboliquement réuni, sur un titre qui paradoxalement ressemble plus à une chanson pop un peu mièvre.
On se replonge facilement dans les riffs psychédéliques de Washing Machine, un album qui n’a pas pris une ride et résume bien Sonic Youth et l’âge d’or du rock alternatif à lui tout seul.

Une bonne année commence par une bombe musicale. Après Funeral Party l’an dernier, The Maccabees sont les premiers à sortir un album de haute volée en 2012. Il est évidemment impossible de dire si ce sera l’un des meilleurs de l’année, mais Given To The Wild, troisième opus du quintet britannique, est sans conteste le premier chef d’oeuvre de l’année (en même temps, c’est plus facile quand l’album sort le 9 janvier).
Après un début de carrière (Colour It In, 2007) dans la catégorie « groupe british à guitares » avec un répertoire de chansons courtes et dansantes (« Bicycles »« About Your Dress »), après un Wall Of Arms (2009) qui dessinait les contours d’un style nouveau (avec la présence de cuivres, par exemple), The Maccabees semblent avoir trouvé un créneau jusqu’alors inutilisé. Loin des petites chansons sympathiques des débuts (qui, quoique simplistes musicalement, étaient bien écrites), Given To The Wild est dans un registre plus calme, avec des mélodies plus travaillées (« Slowly One »).
Globalement, le troisième album des Maccabees correspond un peu à la suite de la chanson « Bag Of Bones » qui clôturait Wall Of Arms. Un son aérien, assez mélancolique, avec des cuivres parfois (« Child ») : le quintet semble plus sérieux qu’à ses débuts. Alors, certes, cela donne une musique moins spontanée qu’avant, plus travaillée en studio (« Go », « Unknown »). Mais c’est un son nouveau, ou presque. Lancé avec un single qui fait le lien entre les différentes facettes de la musique du groupe (« Pelican »), Given To The Wild est probablement le meilleur album des Britanniques.

A acheter immédiatement et à écouter en boucle (5/5)