Archives de avril, 2011

En anglais, un « dutch uncle » est une personne qui use de sévérité et de rudesse pour éduquer quelqu’un, parfois à outrance. La musique de Dutch Uncles, quintet anglais formé en 2008, est loin de refléter cette rudesse. Au contraire d’un son que l’on pourrait imaginer plein de Larsens et de riffs à vous en arracher les tympans, les cinq Britanniques jouent dans un registre très pop, à coups de mélodies fraîches. Le chanteur, Duncan Wallis, a la voix si haut perchée que l’on peut la confondre avec celle d’une femme. Voilà pour les traces de rudesse dans la musique de Dutch Uncles.
Pour le reste, le groupe joue sur la fraîcheur, quitte à en abuser un peu parfois en tombant dans les travers de certains groupes pop (Guillemots, ou le deuxième album des Hoosiers) : des chansons stéréotypées et similaires aux paroles sans profondeur. Dutch Uncles limite la casse dans ce domaine en variant un peu plus leur registre au fil de leur deux albums (Dutch Uncles, 2008, et Cadenza, 2011). Pop-rock avec « Takeover » ou « Steadycam », pop avec « Dolli », « Loved Rat » ou « OCDUC », ou avec des relents de dance comme sur « Cadenza ». Pop, peut-être, mais pas trop cliché non plus.

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Après des années 2007 et 2008 hyperactives, avec deux albums à la clé (Wait For Me puis Emergency), les Pigeon Detectives sont entrés dans un long silence pour préparer leur 3e opus. Up, Guards And At ‘Em! est sorti le 4 avril et est un point d’interrogation qui dure un peu plus de 36 minutes. Bon album ou pas ? Si l’on écoute l’opus tout seul, on entend des titres rythmés, entraînants. (« Through The Door », « Need To Know This »), mais aussi un partie plus calme, qui sonne plus triste (« Turn Out The Lights », « What Can I Say? »). Un album plutôt plaisant, de ceux que l’on écoute en fond sonore, pour donner une ambiance sympathique. Mais c’est tout.
Up, Guards And At ‘Em!, s’il comporte quelques titres qui sortent du lot, manque de ce petit quelque chose qui en ferait vraiment un bon album. « She Wants Me » ou « What Can I Say? » donnent l’impression que cet opus est différent des précédents. Mais « Need To Know This » ou « Done In Secret » ressemblent à des copies conformes de Wait For Me et Emergency, eux-mêmes très similaires l’un et l’autre. A l’écoute de ce nouvel album des Pigeon Detectives, on est tiraillé entre le plaisir d’entendre une musique plutôt bonne et la frustration d’avoir la même chose entre les oreilles depuis 2007. Bon album ou pas ? Difficile de juger. Bonne musique, mais un peu trop répétitive pour que cet opus ne soit pas seulement « le 3e album des Pigeon Detectives ».

Trouvez un ami pour vous le prêter (3/5)

Près de quatre ans après la sortie de leur premier album, A Guide To Love, Loss And Desperation, les Wombats repartent à l’assaut des charts avec This Modern Glitch (sortie le 25 avril). Et si l’attente a pu être longue (l’album a un premier temps été annoncé pour le printemps 2010, puis a été repoussé petit à petit), elle valait le coup. Nous avions laissé le trio de Liverpool avec un titre dansant et ironique, « Let’s Dance To Joy Division », nous les avons retrouvés avec un autre titre dansant, mais plus sérieux, « Tokyo (Vampires & Wolves) ». Deux nouveautés se dégageaient de ce single, lancé dès septembre dernier : un ton plus sérieux et une musique laissant une large place aux synthés. L’album suit cette voie.
L’ironie du premier opus n’a pas complètement disparu : on la retrouve dans la musique et non dans les paroles. Les titres de This Modern Glitch sont presque tous dansants (« Our Perfect Disease », « Techno Fan », « Walking Disasters »), tandis que les paroles sont moins positives (« I’m sick of dancing with the beast » dans « Tokyo »). Comparés (à tort ou à raison) aux Arctic Monkeys à la sortie d’A Guide To Love, Loss And Desperation, les Wombats ont pris une dimension totalement différentes de la majorité des groupes indés britanniques, en abandonnant en partie les guitares et en jouant dans un registre plus mélancolique (« Anti-D », « 1996 », « Jump Into The Fog »). This Modern Glitch est à rapprocher d’Intimacy, le 3e album de Bloc Party : les deux opus ont une musique dansante, aux influences électro manifestes, mais aussi un aspect mélancolique en sous-main.
Dans This Modern Glitch, les Wombats ont pris des risques en changeant en partie d’univers. Le pari semble gagné : les titres, de qualité, s’enchaînent bien. Un regret tout de même :  près de quatre ans d’attente pour seulement 10 nouveaux titres.

A acheter immédiatement et à écouter en boucle (5/5)

PM’s Better, pour « pop music is better ». C’est l’un des rares moments où vous entendrez le mot « pop » associé au groupe PM’s Better (avec le titre « From You To Me », si vous souhaitez pinailler). Le quatuor lyonnais a plutôt tendance à jouer un rock dansant inspiré de la scène britannique (« Architectured Life », « Little Little Choirs »). Après un premier EP en 2008 (Pop Music Is Better), le groupe a persévéré en 2010 avec Animals Wasted Youth. Son frais et énergique, guitares au son clair, musique mature, PM’s Better a de nombreaux atouts à faire valoir (« Lost Friends », « Chase The Rabbit », « Young & Lost »).
Sceptique ? Après un concert, trouver des points faibles s’avère compliqué. Le groupe est à l’aise sur scène et dégage beaucoup d’énergie. Après avoir fait l’ouverture du festival Musilac en 2010, les voilà au Printemps de Bourges cette année. PM’s Better suit une progression régulière depuis sa création en 2007. Il ne manque qu’un premier album pour définitivement lancer une carrière déjà entamée dans le bon sens.

Alors que de nombreux artistes se tournent vers des sonorités plus pop, ou au moins plus calmes, les Foo Fighters partent à contre-courant, en restant dans leur univers de guitares agressives et de riffs efficaces pour leur nouvel album, Wasting Light. Le premier titre, « Bridge Burning », annonce la couleur, avec une introduction tout ce qu’il y a de plus énergique. Le reste de la chanson est dans la même veine, les titres qui suivent aussi. « Rope »« White Limo » ou « Miss The Misery » entrent eux aussi dans la catégorie des titres énervés qui vous donnent envie de sauter sur les murs.
Avec d’autres tubes comme « Back & Forth », « Walk », « Dear Rosemary » ou encore « Arlandria »Wasting Light, septième album du groupe de Seattle, est loin d’être l’opus de trop. Les Foo Fighters n’ont rien perdu de leur qualité et de leur énergie, et nous rappellent ainsi qu’il reste de la place pour les riffs de bourrin et les groupes énergiques. Peut-être pas dans les charts, mais en tout cas dans les oreilles des amateurs de musique. Et c’est l’essentiel.

Une (très) bonne affaire en cas de temps/d’argent en plus (4,5/5)

La playlist de la semaine (29)

Publié: 11 avril 2011 dans playlist

Deezer ne fonctionne pas en Irlande (voir le post sur Cage The Elephant), mais cela ne m’empêche pas de choisir dix titres pour débuter cette semaine, d’autant plus que Youtube fonctionne très bien. Cette semaine, c’est une playlist au son plutôt agressif, parce que le rock ne se tourne pas forcément vers la pop. Biffy Clyro, Blood Red Shoes, The Clash ou The Cribs peuvent en témoigner.

« Adventure », Be Your Own Pet (Be Your Own Pet)
« Toys, Toys, Toys, Choke, Toys Toys, Toys », Biffy Clyro (The Vertigo Of Bliss)
– « Northshore », Tegan & Sara (Sainthood)
– « Brand New Cadillac », The Clash (London Calling)
– « Shitty Future », The Bronx (The Bronx II)
– « We Were Aborted », The Cribs (Ignore The Ignorant)
– « Beware », The Willowz (Chautauqua)
– « Stockholm Syndrome », Milburn (Well Well Well)
– « Blew », Nirvana (Bleach)
– « Light It Up », Blood Red Shoes (Fire Like This)

Une playlist à retrouver, comme les autres, sur Youtube.

Un groupe américain qui joue de la musique qui bouge, c’est courant. Cage The Elephant l’est un peu moins. Avec un chanteur aux faux airs de Kurt Cobain ou Anthony Kiedis (look, dégaine sur scène), le groupe originaire du Kentucky compte bien setailler la part du lion. Et il ne manque pas d’argument. Après un premier album (Cage The Elephant, 2008) parfois dansant (« In One Ear »), parfois plus calme (« Back Against The Wall »), limite groovy (« Ain’t No Rest For The Wicked »), Cage The Elephant a sorti cet hiver son deuxième opus, Thank You Happy Birthday.
Le groupe a sans conteste franchit un palier dans l’enregistrement de ce deuxième album : les mélodies sont un peu plus travaillées, l’univers musical de Cage The Elephant s’est élargi. Outre des titres toujours groovy (« Always Something ») ou assez calmes (« Shake Me Down », « Right Before My Eyes »), on trouve aussi une part de garage (« Sell Yourself », « Sabertooth Tiger »), presque noisy parfois (« Indy Kidz ») et des traces de rock psychédélique (« Around My Head »). Le groupe donne une impression de maturité, les titres ne sont plus des enchaînements d’accords sans importance et se paye même le luxe d’enregistrer une ballade (« Rubber Ball ») après un titre agressif.
Cage The Elephant progresse petit à petit. S’ils continuent sur leur lancée, imaginons ce que le groupe vaudra à la sortie d’un hypothétique cinquième album.

Je vis actuellement à Dublin, où Deezer fonctionne très mal (le catalogue est presque vide). Les liens vers les albums redirigent donc dorénavant vers d’autres sites de streaming.