Archives de mai, 2011

Une impression de déjà-vu en écoutant Codes And Keys, le nouvel album de Death Cab For Cutie ? C’est plutôt normal, ne vous inquiétez pas. Après trois ans de silence (Narrow Stairs en 2008), Ben Gibbard et sa bande nous proposent un nouvel album, mais peu de nouveautés. Codes And Keys est quand même un assez bon opus, mais loin derrière Transatlanticism (2003), leur album le plus abouti. Globalement, on prend les mêmes et on recommence. Quitte à puiser dans ce qui a fait la réussite des albums précédents : la voix de Ben Gibbard est parfois enregistrée avec des effets lo-fi, rappelant Something About Airplanes, 1999 (« Home Is A Fire », « You Are A Tourist »), les parties instrumentales sont par moment interminables (« Unobstructed Views », « Doors Unlocked And Open »), le son des guitares est clair et donne un effet assez planant.
La vraie nouveauté, c’est que la majorité des titres sont plutôt entrainants, avec une mélodie et une voix qui sonnent positif. Si vous avez aimé « Company Calls » (dans We Have The Fact And We’re Voting Yes, 2000), vous retrouverez le même esprit dans la majorité de Codes And Keys (« Some Boys », « Monday Morning »). Pour le reste, peu de choses à signaler. Death Cab For Cutie prend peu de risques et ne se rate donc pas lamentablement. C’est peut-être seulement un album de plus. Mais au niveau de la discographie de Death Cab For Cutie, c’est-à-dire assez haut.

Une bonne affaire en cas de temps/d’argent en plus (4/5)

Petit flash-back : nous sommes en 2003, toutes les radios diffusent le même morceau, LE morceau, radiophonique à souhait, celui qui va sauver l’industrie du disque : surfant sur la vague mélancolico-gothique du moment, Hoobastank s’impose comme une référence pour les adolescents qui cherchent une bonne chanson sur laquelle pleurer (ou se donner l’image de quelqu’un de sensible). « The Reason » devient le titre à la mode et donne au groupe une image romantique. Ceux qui auront eu la curiosité d’écouter l’album The Reason en entier à la recherche d’un autre titre larmoyant seront alors déçus : Hoobastank joue plutôt dans le registre des riffs de guitares énervés, dans le pur style du rock US du moment (Sum 41, Linkin Park ou Green Day).

Deux autres singles de The Reason sont bien plus en accord avec le style du groupe : « Out Of Control » et « Same Direction ». Rythme rapide, paroles parfois criées, le principe du groupe pour adolescent : parfois rebelle, parfois anéanti par la dureté du monde (Where should I go ? What should I do ? I don’t understand what you want from me, dans « Out Of Control »). Le groupe, créé au lycée en 1994, a sorti son premier album en 2001, simplement titré Hoobastank. Un opus digne d’un premier album, avec le même style que The Reason et des titres évocateurs qui ne resteront pas dans les annales (« Running Away », « Remember Me », « Crawling In The Dark »).

A partir de 2005, le quatuor américain doit gérer son nouveau statut de groupe à succès. Le troisième album, Every Man For Himself, sort plus ou moins dans l’indifférence. Au programme, copies ratées de The Reason (« Moving Forward », « If I Were You », « More Than A Memory »), titres énergiques dont on commence à saturer (« Without A Fight », « Don’t Tell Me »), il n’y a que « Born To Lead » qui relève le niveau, en renouvelant un peu le genre musical du groupe. Hoobastank vieillit et n’a pas encore touché le fond.

En 2009, le monde a évolué. Pas Hoobastank. For(N)ever est le quatrième opus du groupe, qui change de bassiste au passage. La musique est aussi vaseuse que le jeu de mot. Alors que les groupes qui jouaient dans un registre proche d’Hoobastank ont changé en partie leur musique (reprenons Green Day, Sum 41 et Linkin Park), la bande à Doug Robb s’enterre un peu plus en répétant les mêmes refrains. Les couplets de « The Letter » et « Tears Of Yesterday » sortent un peu du lot. Pour le reste, la soupe « rock adolescent énervé » commence à rancir (« My Turn », « You’re The One »). Les sorties de deux compilations, en 2009 et 2010, renforcent l’idée que le groupe devraient songer à la retraite. Un nouvel album a malgré tout été enregistré, sans date de sortie pour l’instant. Encore un de trop ?

« La bonne humeur ». Il faut reconnaître que ce trio britannique porte plutôt bien son nom. Mélodies assez calmes, voix féminine et claire, la musique du groupe respire la douceur et le positivisme (« Mountain », « Prisoner »). Tout est parti d’un vieux synthé des années 80, restauré par la chanteuse Sarah McIntosh. La suite, c’est l’enregistrement et l’autoproduction d’un premier EP, Warriors, en 2008. Un essai rapidement suivi d’un deuxième opus avec le label Rough Trade (British Sea Power, Arcade Fire, The Long Blondes ou Sufjan Stevens pour ne citer qu’eux), Your Body Is A Machine (2009), en attendant le troisième EP (Skeleton) prévu pour le mois de juin prochain.
Presque toute en synthés, la musique de The Good Natured rappelle parfois Bat For Lashes (« Your Body Is A Machine »), que ce soit en raison de la voix ou des effets sonores. Sarah McIntosh explique trouver son inspiration chez Kate Bush ou Siouxsie Sioux, et une touche de Morrissey. Le jeu des synthés et des percussions font aussi penser légèrement à Depeche Mode. Le tout avec une grosse dose de bonne humeur, pour un résultat qui ressemble parfois aux hymnes pop qui fleurissent sur les radios (« Skeleton »« Be My Animal », « Wolves »).

The View, groupe écossais, a lancé son troisième album, Bread And Circuses, au mois d’avril. Un opus qui vient se placer dans la continuité  d’Hats Off The Buskers (2007) et Which Bitch ? (2009). Le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe n’a pas pris beaucoup de risques, en restant très proche de ce qu’il avait proposé depuis sa création.  L’univers musical n’a pas vraiment changé, avec un combo classique guitares-basse, nuancé d’une touche de synthé (« Same Jeans », « Tempation Dice », « Grace »).
On retrouve ainsi avec plaisir la voix particulière du chanteur Kyle Falconer et les rythmes entraînants qui sont devenus la marque de fabrique du groupe (« Happy »). Mais Bread And Circuses a un léger goût d’inachevé, justement parce qu’il n’explore rien de nouveau. The View se contente d’ajouter des titres similaires à sa discographie, sans toucher à la structure de la musique. Une continuité qui donne des chansons toujours assez plaisantes, mais qui finissent par devenir redondantes (« Girl », « Life », « Walls »). Faut-il voir le verre à moitié plein ou  à moitié vide ? Le mieux est encore d’écouter l’album avant de juger.

Trouvez un ami pour vous le prêter (3/5)