Archives de janvier, 2012

Il y a des groupes qui semblent tout faire pour ne pas être écoutés. Mélanges de genres, effets de style hasardeux, toutes les techniques sont bonnes pour éloigner les auditeurs potentiels. Et puis, il y a …And So I Watch You From Afar qui mêle un nom à rallonge, une rythmique parfois proche du métal et un jeu à la guitare plus travaillé que dans le métal (n’en déplaise aux amateurs de ce style). Cet ensemble réellement unique (si vous trouvez un autre groupe qui joue la même chose, faites-moi signe) ajoute à son originalité : les deux albums du quatuor Nord-Irlandais sont instrumentaux.
Du coup, …And So I Watch You From Afar ressemble surtout à un groupe réalisant des bandes originales de films ou des musiques libres de droit. En tout cas, bien plus qu’à un groupe de rock alternatif qui retourne un public.
Après un premier album (And So I Watch You From Afar, 2009) plutôt nerveux (« Set Guitars To Kill »« TheseRIOTSareJUSTtheBEGINNING »), les quatre Nord-Irlandais (devenus trois à la suite du départ de l’un des guitaristes fin 2011) ont réalisé en 2011 Gangs, un opus un peu plus calme et plus technique que le précédent (« Gang (Starting Never Stopping) »« 7 Billion People Are Alive At Once »), tout en gardant de bons restes d’agressivité (« Search:Party:Animal »).

 

Dire d’America Give Up, le premier album des Américains de Howler, que c’est un mauvais album, est sévère. Mais dire qu’il est particulièrement bon ressemble à une erreur. Propulsés en avant par les radios et les magazines musicaux, Howler récite son rock entre blues, garage et surf rock. Les chansons, agrémentées d’une touche de lo-fi, glissent toutes seules entre les oreilles, s’enchaînent facilement. Mais à la première écoute, America Give Up ressemble à un album déjà entendu des dizaines de fois, avec une musique stéréotypée.
La confusion est facile, parce que Howler surfe sur le renouveau du blues. Derrière The Black Keys (dont les deux derniers albums, Brother (2010) et El Camino (2011), ont été presque unanimement encensés), ce sont The Black Lips ou encore The Black Angels qui font leur trou, dans un registre musical proche. Si chacun de ces groupes a un véritable talent, on serait tenté de croire que l’arrivée de Howler en haut de l’affiche n’est due qu’à sa chance de jouer la musique à la mode.
Howler fait toutefois un peu mieux qu’être au bon endroit au bon moment, avec quelques titres (« This One’s Different », « Pythagorean Fearem ») assez plaisants tout de même.

Trouvez un ami pour vous le prêter (3/5)

Si l’on voulait résumer tout Sonic Youth en un album, on pourrait peut-être le faire avec Washing Machine, sorti en 1995. A l’époque, le groupe américain de rock alternatif a déjà bien roulé sa bosse mais a un succès commercial encore limité. Créé en 1981, Sonic Youth doit attendre les années 1990 pour voir ses albums entrer dans les charts, d’abord au Royaume-Uni, puis dans le reste du monde occidental. Après les succès de Dirty (1992) et Experimental Jet-Set, Trash And No Star (1994), Washing Machine, onzième opus du groupe, assoie la réputation de Sonic Youth dans la catégorie rock crasseux.
Washing Machine est un concentré de guitares saturées et de solos longs comme le bras : entre le titre éponyme « Washing Machine » et le solo final (plus de 12 minutes) de « The Diamond Sea », qui clôture l’album, on est bien loin de la traditionnelle recette couplet-refrain-couplet-refrain-refrain habituelle. La plupart des titres sont joués sans basse, Kim Gordon lui préférant la guitare. Sonic Youth redouble donc de riffs saturés qui, ajoutés à un rythme assez lent, deviennent presque entêtant.
Le onzième opus des Américains est plus qu’un album de Sonic Youth : Kim Deal, bassiste de feu The Pixies (avant leur reformation en 2004) et à l’origine de The Breeders, donne de la voix sur « Little Trouble Girl ». Le rock crasseux des années 1990 est symboliquement réuni, sur un titre qui paradoxalement ressemble plus à une chanson pop un peu mièvre.
On se replonge facilement dans les riffs psychédéliques de Washing Machine, un album qui n’a pas pris une ride et résume bien Sonic Youth et l’âge d’or du rock alternatif à lui tout seul.

Une bonne année commence par une bombe musicale. Après Funeral Party l’an dernier, The Maccabees sont les premiers à sortir un album de haute volée en 2012. Il est évidemment impossible de dire si ce sera l’un des meilleurs de l’année, mais Given To The Wild, troisième opus du quintet britannique, est sans conteste le premier chef d’oeuvre de l’année (en même temps, c’est plus facile quand l’album sort le 9 janvier).
Après un début de carrière (Colour It In, 2007) dans la catégorie « groupe british à guitares » avec un répertoire de chansons courtes et dansantes (« Bicycles »« About Your Dress »), après un Wall Of Arms (2009) qui dessinait les contours d’un style nouveau (avec la présence de cuivres, par exemple), The Maccabees semblent avoir trouvé un créneau jusqu’alors inutilisé. Loin des petites chansons sympathiques des débuts (qui, quoique simplistes musicalement, étaient bien écrites), Given To The Wild est dans un registre plus calme, avec des mélodies plus travaillées (« Slowly One »).
Globalement, le troisième album des Maccabees correspond un peu à la suite de la chanson « Bag Of Bones » qui clôturait Wall Of Arms. Un son aérien, assez mélancolique, avec des cuivres parfois (« Child ») : le quintet semble plus sérieux qu’à ses débuts. Alors, certes, cela donne une musique moins spontanée qu’avant, plus travaillée en studio (« Go », « Unknown »). Mais c’est un son nouveau, ou presque. Lancé avec un single qui fait le lien entre les différentes facettes de la musique du groupe (« Pelican »), Given To The Wild est probablement le meilleur album des Britanniques.

A acheter immédiatement et à écouter en boucle (5/5)

Dans la tentaculaire scène britannique, les artistes se suivent et ont peut-être un peu tendance à se ressembler, à la longue. L’année dernière, alors qu’Adele  affolait les charts (aussi bien en France qu’au Royaume-Uni, fait assez rare pour être signalé) en réussissant à voler de la part de marché à Lady Gaga ou Justin Bieber, une autre jeune femme s’est lancé avec son premier album, Seven Rainbows.
Dans un registre pop-rock somme toute assez classique, Alice Gold (de son vrai nom Alice McLaughlin) fait justement son trou avec simplicité. Une voix et une musique rappelant celles de KT Tunstall (« Cry Cry Cry »), la jeune britannique se démarque toutefois avec un jeu de guitares plus prononcé (« Runaway Love », « Orbiter ») ainsi que la présence de synthés, inexistants chez KT Tunstall.
Pour le reste, Alice Gold suit un peu les traces de son aînée, si l’on occulte le fait qu’elle n’a pas bénéficié d’un aussi grand tremplin que KT Tunstall au début de sa carrière. Quand celle-ci voyait son tube « Black Horse And Cherry Tree » reprit par Vodafone, Alice Gold doit se contenter de la tournée des festivals (T in The Park, Glastonbury) pour être vue et entendue.