Archives de la catégorie ‘rock’

Il y a des groupes qui semblent tout faire pour ne pas être écoutés. Mélanges de genres, effets de style hasardeux, toutes les techniques sont bonnes pour éloigner les auditeurs potentiels. Et puis, il y a …And So I Watch You From Afar qui mêle un nom à rallonge, une rythmique parfois proche du métal et un jeu à la guitare plus travaillé que dans le métal (n’en déplaise aux amateurs de ce style). Cet ensemble réellement unique (si vous trouvez un autre groupe qui joue la même chose, faites-moi signe) ajoute à son originalité : les deux albums du quatuor Nord-Irlandais sont instrumentaux.
Du coup, …And So I Watch You From Afar ressemble surtout à un groupe réalisant des bandes originales de films ou des musiques libres de droit. En tout cas, bien plus qu’à un groupe de rock alternatif qui retourne un public.
Après un premier album (And So I Watch You From Afar, 2009) plutôt nerveux (« Set Guitars To Kill »« TheseRIOTSareJUSTtheBEGINNING »), les quatre Nord-Irlandais (devenus trois à la suite du départ de l’un des guitaristes fin 2011) ont réalisé en 2011 Gangs, un opus un peu plus calme et plus technique que le précédent (« Gang (Starting Never Stopping) »« 7 Billion People Are Alive At Once »), tout en gardant de bons restes d’agressivité (« Search:Party:Animal »).

 

Si l’on voulait résumer tout Sonic Youth en un album, on pourrait peut-être le faire avec Washing Machine, sorti en 1995. A l’époque, le groupe américain de rock alternatif a déjà bien roulé sa bosse mais a un succès commercial encore limité. Créé en 1981, Sonic Youth doit attendre les années 1990 pour voir ses albums entrer dans les charts, d’abord au Royaume-Uni, puis dans le reste du monde occidental. Après les succès de Dirty (1992) et Experimental Jet-Set, Trash And No Star (1994), Washing Machine, onzième opus du groupe, assoie la réputation de Sonic Youth dans la catégorie rock crasseux.
Washing Machine est un concentré de guitares saturées et de solos longs comme le bras : entre le titre éponyme « Washing Machine » et le solo final (plus de 12 minutes) de « The Diamond Sea », qui clôture l’album, on est bien loin de la traditionnelle recette couplet-refrain-couplet-refrain-refrain habituelle. La plupart des titres sont joués sans basse, Kim Gordon lui préférant la guitare. Sonic Youth redouble donc de riffs saturés qui, ajoutés à un rythme assez lent, deviennent presque entêtant.
Le onzième opus des Américains est plus qu’un album de Sonic Youth : Kim Deal, bassiste de feu The Pixies (avant leur reformation en 2004) et à l’origine de The Breeders, donne de la voix sur « Little Trouble Girl ». Le rock crasseux des années 1990 est symboliquement réuni, sur un titre qui paradoxalement ressemble plus à une chanson pop un peu mièvre.
On se replonge facilement dans les riffs psychédéliques de Washing Machine, un album qui n’a pas pris une ride et résume bien Sonic Youth et l’âge d’or du rock alternatif à lui tout seul.

Une bonne année commence par une bombe musicale. Après Funeral Party l’an dernier, The Maccabees sont les premiers à sortir un album de haute volée en 2012. Il est évidemment impossible de dire si ce sera l’un des meilleurs de l’année, mais Given To The Wild, troisième opus du quintet britannique, est sans conteste le premier chef d’oeuvre de l’année (en même temps, c’est plus facile quand l’album sort le 9 janvier).
Après un début de carrière (Colour It In, 2007) dans la catégorie « groupe british à guitares » avec un répertoire de chansons courtes et dansantes (« Bicycles »« About Your Dress »), après un Wall Of Arms (2009) qui dessinait les contours d’un style nouveau (avec la présence de cuivres, par exemple), The Maccabees semblent avoir trouvé un créneau jusqu’alors inutilisé. Loin des petites chansons sympathiques des débuts (qui, quoique simplistes musicalement, étaient bien écrites), Given To The Wild est dans un registre plus calme, avec des mélodies plus travaillées (« Slowly One »).
Globalement, le troisième album des Maccabees correspond un peu à la suite de la chanson « Bag Of Bones » qui clôturait Wall Of Arms. Un son aérien, assez mélancolique, avec des cuivres parfois (« Child ») : le quintet semble plus sérieux qu’à ses débuts. Alors, certes, cela donne une musique moins spontanée qu’avant, plus travaillée en studio (« Go », « Unknown »). Mais c’est un son nouveau, ou presque. Lancé avec un single qui fait le lien entre les différentes facettes de la musique du groupe (« Pelican »), Given To The Wild est probablement le meilleur album des Britanniques.

A acheter immédiatement et à écouter en boucle (5/5)

Des petits groupes qui débutent, il y en a des tas. Mais tous n’ont pas le même professionnalisme dès le premier EP. White McKenzie, groupe irlandais créé l’année dernière, entre dans la catégorie « débuts fracassants sans aide extérieure ». Il y a d’abord eu cette scène tremplin à Dublin pour jouer au festival de Glastonbury en juin dernier, où le groupe a échoué à la deuxième place. Puis, sans label, les six musiciens ont terminé leur EP, Absence, qui a presque plus de consistance que certains albums entendus ici ou là.
La force du groupe réside dans sa capacité à faire passer une atmosphère dans chacune de ses chansons. De « Torment (Intro) », excellente rampe de lancement, à « Crawling The Walls », difficile de dégager un titre ou deux. On retiendra que White McKenzie sait varier entre rock nerveux aux effets grunge (« On Your Heels »« Forget ») et titres à l’atmosphère plus pesante (« The Clock Winds On »« 4 A.M. »). On passe de l’énergie pure à la mélancolie sans difficultés, en jonglant avec les influences (Pearl Jam ou Radiohead, entre autres). Le tout avec un final en apothéose : « Crawling The Walls », qui monte en puissance au fur et à mesure, commençant comme une triste ballade et finissant sur un solo aux relents noisy à vous procurer des acouphènes en cas d’écoute prolongée.
Avec Absence, White McKenzie prouve qu’ils ont les atouts pour aller haut. Et peut-être bien le talent pour se trouver sur la scène de Glastonbury l’année prochaine.

Un long silence (5 ans), un changement de guitariste (avec le départ de John Frusciante), un album assez long… les Red Hot font du Red Hot, ni plus ni moins. Et cela se vérifie dans la musique, où les surprises sont plutôt rares. Globalement, les fans des Red Hot vont certainement adorer I’m With You, tandis que les autres y trouveront des arguments pour dire que la bande à Anthony Kiedis est surcotée depuis le début. L’album débute sur un titre simple et efficace, « Monarchy Of Roses ». Petit à petit, on trouve dans I’m With You une sorte de résumé accéléré de la carrière du groupe : la funk des débuts revient un peu (quoique de manière un peu timide peut-être) et les hymnes radiophoniques des années 2000 sont toujours en place. Dans ce 10e album, les red Hot tombent parfois un peu dans la facilité et nous servent des titres qui ont un air de déjà entendu (« Police Station »« Meet Me At The Corner »). Finalement, l’essentiel d’I’m With You était résumé dans le single, « The Adventures Of Rain Dance Maggie » : des relents funky, le reste ressemblant aux titres de Californication, By The Way ou Stadium Arcadium. Le nouveau guitariste, Josh Klinghoffer, est un peu transparent mais réussit néanmoins à s’intégrer correctement dans le groupe.
Avec un Anthony Kiedis un peu vieillissant, c’est surtout le couple batterie-basse de Chad Smith et Flea qui retient l’attention dans cet album, surtout sur les rythmes les plus funk.

Trouvez un ami pour vous le prêter (3/5)

Le groupe Ecossais ressort du studio avec son troisième album, Mirror Mirror. Un opus qui n’est d’ailleurs pas vraiment le reflet des deux précédents. Alors que Sons And Daughters nous avait habitués à une musique rapide, avec une guitare omniprésente, Mirror Mirror prend à contre-pied. Dès le premier titre (« Silver Spell »), la guitare est rangée dans un placard. Le rythme est plutôt lent et une partie est chantée a capella. « Silver Spell » semble annoncer un album concept, au moins. Finalement, le reste n’est pas conceptuel du tout, à part peut-être la pluie en fond sonore sur « The Beach ».
Sons And Daughters n’a finalement pas abandonné la guitare (« The Model »), mais le son de celle-ci est nettement différent de ce à quoi le quatuor nous avait accoutumés. Oubliés, les riffs dynamiques de « Gilt Complex » ou « Rebel With The Ghost ». A l’image du single « Breaking Fun », le rythme est un peu retombé. Scott Paterson, moins occupé par sa guitare, en profite pour donner de la voix un peu plus que dans les deux précédents albums. Globalement, le son de Mirror Mirror est plutôt lourd et donne un aspect assez sombre à l’ensemble. Définitivement, oubliez les albums précédents, au son plutôt positif. Sons And Daughters réussit son troisième album, en sortant un peu de son registre pour s’attaquer à quelque chose de nouveau. Le tout avec brio.

Une bonne affaire en cas de temps/d’argent en plus (4/5)

Suck It And See. Après la parenthèse Humbug (2009), qui ressemblait plus à un album de The Last Shadow Puppets et laissait sur sa faim, les Arctic Monkeys  semblaient revenir aux fondamentaux, à en juger par le titre de l’album (rappelant Whatever People Say I Am… ou Who The Fuck Are Arctic Monkeys ?) et d’un single (« Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair »). Le très classique mais efficace groupe anglais a guitares paraissait revenir à l’ordre du jour. Finalement, l’écoute du premier single, « Brick By Brick », annonce la couleur : les Arctic Monkeys se lancent dans un style différent des albums précédents et enterrent (définitivement ?) celui qui les a rendu célèbres. La voix d’Alex Turner a changé, elle est plus grave et plus posée (« She’s Thunderstorms »). Les guitares, auparavant au son clair et au rythme endiablé, jouent dans un registre beaucoup plus grave. Les riffs sont souvent lourds, gras (« Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair »). Une exception tout de même : « Library Pictures », le titre qui rappelle les premiers albums.
Globalement, la musique des cinq Britanniques a un je-ne-sais-quoi de très américain, une sorte de retour aux sources du rock. Entre la ballade « Piledriver Waltz » (et sa référence au Heartbreak Hotel d’Elvis), « Suck It And See » ou encore « Brick By Brick », les Arctic Monkeys élargissent l’éventail de leur répertoire. Et réalisent le doublé : faire évoluer sa musique tout en restant très bons.

Une (très) bonne affaire en cas de temps/d’argent en plus (4,5/5)