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On peut souvent débattre sur ce que tomber dans l’oubli signifie. On trouvera toujours quelqu’un pour dire que les fans de tel ou tel groupe sont suffisamment nombreux pour que le groupe en question soit toujours sur le devant de la scène. Heureusement, certains artistes mettent tout le monde d’accord.
Passons sur Jeff Buckley ou Amy Winehouse et concentrons-nous sur The Servant, un groupe qui s’est séparé trois ans après son succès planétaire. En 2003, ce sont « Cells », « Liquefy » ou « Orchestra » qui font le tour des radios, donnant un sérieux coup de projecteur sur un groupe britannique psychédélique qui sort son premier album. Entre la voix hantée de Dan Black et des mélodies particulières, The Servant accroche certaines oreilles et en rebute beaucoup d’autres.
Trois ans auparavant, le groupe avait sorti deux EP, Mathematics et With The Invisible. Hormis « Biro », les titres sont un peu trop brouillons, mais préparent l’album The Servant qui sortira en 2003. Le premier album des Londoniens reste franchement inégal mais est porté par trois très bons singles. Parmi les autres titres de l’album, peu de réussites, sauf l’excellent « Jesus Says ».
The Servant sort un second album en 2006, How To Destroy A Relationship. Un opus qui tourne presque complètement le dos à l’aspect psychédélique de la musique des opus précédents. « Save Me Now », « Brains » ou « Sleep Deprivation » sont autant de titres qui, s’ils sonnent bien, ne ressemblent pas assez à du The Servant pour satisfaire complètement. La musique a l’air trop gentille, comme si Dan Black s’excusait d’avoir eu une voix hantée à faire mourir de rire ou de peur.
Peu après How To Destroy A Relationship, The Servant se séparent, leur succès et leur originalité déjà derrière eux.

« Give me a reason to love you. Give me a reason to be a woman. » Ou comment résumer toute la gloire de Portishead en deux phrases. Nous sommes en 1994. Le trio trip-hop britannique vient de sortir son premier album, Dummy, et les radios raffolent du premier single, « Glory Box » (d’où sont tirées ces deux phrases). Le mouvement trip-hop, méconnu, vient de trouver une nouvelle visibilité grâce à Portishead. Mais quand le groupe retournera dans l’anonymat (assez rapidement, juste le temps de gagner le Mercury Music Prize 1995, une distinction qui se veut la concurrente des Brit Awards), le trip-hop redevient un genre ignoré du grand public.
Outre les 3 minutes 30 du rythme lancinant de « Glory Box », l’album Dummy est une réussite, tant musicale que commerciale. Mais le deuxième opus, Portishead (1997), n’obtient pas le même écho que son prédécesseur. Pourtant, le style est le même et la qualité est toujours au rendez-vous (« All Mine »« Elysium »). Mais la mode a changé (c’est The Verve qui cartonne, Radiohead sort OK Computer) et Portishead doit se contenter d’un succès bien plus restreint.
L’année suivante, la chanteuse Beth Gibbons prend ses distances avec Portishead, sort un album avec l’ex-bassiste de Talk Talk (Out Of Season, 2002), puis annonce en 2003 qu’elle retrouve le groupe pour préparer un troisième opus. Finalement, Third sort en 2008, avec un style un peu différent des prédécents. La trip-hop est toujours à la base, mais le trio se lance un peu dans l’expérimental (« Machine Gun »). Un aspect qui nuit au succès de Third, qui ne glisse peut-être pas assez entre les oreilles pour charmer un large public.

C’est l’histoire d’un groupe qui a existé pendant six minutes à la radio. The Verve (1989-2009), c’est essentiellement « Bittersweet  Symphony », ce tube britpop de 1997 qui a envahi toutes les paires d’oreilles, consentantes ou non. Avant, deux albums et une séparation. Après, un album et deux séparations.
La bande à Richard Ashcroft a lancé sa carrière en 1993, avec A Storm In Heaven. Un album intéressant, pile dans la britpop qui commence à avoir du succès, mais à une époque où Jordy et Patricia Kaas sont en tête des ventes de disques en France. L’album contient quelques pépites, comme « Star Sail » ou « Butterfly ». L’album suivant ne confirme pas. The Verve enregistrent A Northern Soul en 1995, un opus fade et peu inspiré. Proches d’Oasis (avec qui ils ont joué à plusieurs reprises), les quatre britanniques se font dépasser par le groupe des frères Gallagher. Le groupe finit par se séparer et laisser la britpop se résumer à un duel Oasis-Blur.
En 1997, après un changement de guitariste, The Verve devient enfin un groupe connu, grâce au tube « Bittersweet Symphony ». L’album Urban Hymns qui l’accompagne est probablement l’un des meilleurs des années britpop. L’opus regorge de titres accrocheurs (« The Rolling People »« Come On »« Catching The Butterfly ») et permet à The Verve de réaliser la plus grosse vente d’albums dans le monde pour 1997, tous genres musicaux confondus.
Mais après un an de tournée et une ambiance délétère, les membres se séparent une nouvelle fois en 1999. C’est le moment pour Richard Ashcroft de s’essayer à une carrière solo, avec plus ou moins de réussite. Pendant ce temps, le guitariste Simon Tong remplace Graham Coxon pour les concerts de Blur, joue avec Gorillaz et enregistre en 2007 l’album The Good, The Bad And The Queen avec Damon Albarn et Paul Simonon.
The Verve revient finalement en 2008, avec Forth, un album qui a pour principal défaut de s’être trouvé dans les bacs au mauvais moment. Alors que la britpop s’enterre peu à peu, la bande d’Ashcroft lui rend ce qui ressemble à un dernier hommage. Entre « Love Is Noise »« Sit And Wonder », « Appalachian Springs » et la ballade « Judas », certains titres auraient certainement eu beaucoup plus de succès dix ou quinze ans auparavant.
The Verve se sépare à nouveau en 2009, tout en laissant planer le doute sur une éventuelle future reformation. Et en laissant un fort goût d’inachevé.

Petit flash-back : nous sommes en 2003, toutes les radios diffusent le même morceau, LE morceau, radiophonique à souhait, celui qui va sauver l’industrie du disque : surfant sur la vague mélancolico-gothique du moment, Hoobastank s’impose comme une référence pour les adolescents qui cherchent une bonne chanson sur laquelle pleurer (ou se donner l’image de quelqu’un de sensible). « The Reason » devient le titre à la mode et donne au groupe une image romantique. Ceux qui auront eu la curiosité d’écouter l’album The Reason en entier à la recherche d’un autre titre larmoyant seront alors déçus : Hoobastank joue plutôt dans le registre des riffs de guitares énervés, dans le pur style du rock US du moment (Sum 41, Linkin Park ou Green Day).

Deux autres singles de The Reason sont bien plus en accord avec le style du groupe : « Out Of Control » et « Same Direction ». Rythme rapide, paroles parfois criées, le principe du groupe pour adolescent : parfois rebelle, parfois anéanti par la dureté du monde (Where should I go ? What should I do ? I don’t understand what you want from me, dans « Out Of Control »). Le groupe, créé au lycée en 1994, a sorti son premier album en 2001, simplement titré Hoobastank. Un opus digne d’un premier album, avec le même style que The Reason et des titres évocateurs qui ne resteront pas dans les annales (« Running Away », « Remember Me », « Crawling In The Dark »).

A partir de 2005, le quatuor américain doit gérer son nouveau statut de groupe à succès. Le troisième album, Every Man For Himself, sort plus ou moins dans l’indifférence. Au programme, copies ratées de The Reason (« Moving Forward », « If I Were You », « More Than A Memory »), titres énergiques dont on commence à saturer (« Without A Fight », « Don’t Tell Me »), il n’y a que « Born To Lead » qui relève le niveau, en renouvelant un peu le genre musical du groupe. Hoobastank vieillit et n’a pas encore touché le fond.

En 2009, le monde a évolué. Pas Hoobastank. For(N)ever est le quatrième opus du groupe, qui change de bassiste au passage. La musique est aussi vaseuse que le jeu de mot. Alors que les groupes qui jouaient dans un registre proche d’Hoobastank ont changé en partie leur musique (reprenons Green Day, Sum 41 et Linkin Park), la bande à Doug Robb s’enterre un peu plus en répétant les mêmes refrains. Les couplets de « The Letter » et « Tears Of Yesterday » sortent un peu du lot. Pour le reste, la soupe « rock adolescent énervé » commence à rancir (« My Turn », « You’re The One »). Les sorties de deux compilations, en 2009 et 2010, renforcent l’idée que le groupe devraient songer à la retraite. Un nouvel album a malgré tout été enregistré, sans date de sortie pour l’instant. Encore un de trop ?

C’est le dictionnaire qui le dit. Pour l’instant, Evanescence a un nom plutôt prémonitoire, pour plusieurs raisons. En 2002 sort le film Daredevil, dont la bande-son est en partie réalisée par un groupe qui se définit comme gothique, constitué avant tout d’un duo, Amy Lee et Ben Moody, accompagnés de quelques musiciens additionnels. L’année d’après, Evanescence sort Fallen et se révèle au monde entier. Propulsée par le charisme d’Amy Lee, l’effet de mode du gothique et le battage médiatique autour de Daredevil (un film qui finalement aura déçu la majorité), la musique d’Evanescence devient incontournable : « Bring Me To Life »« Going Under »« My Immortal » puis « Everybody’s Fool » sont omniprésentes sur les radios. L’album, bon dans l’ensemble, contient d’autres tubes, comme « Imaginary », et se vend à environ 14 millions d’exemplaires à travers le monde.
Evanescence est né bien avant, en 1996 officiellement. Formé autour du duo Ben Moody-Amy Lee, le groupe a enregistré plusieurs EP dans les années 1990, puis un album, Origin (2000), distribué à très peu d’exemplaires et qui fait aujourd’hui la joie des collectionneurs.
Peu après la sortie de Fallen, on a bien cru que le groupe lui-même allait tomber : Ben Moody s’en va, privilégiant une carrière solo. Evanescence se compose donc d’Amy Lee… et de ses musiciens. La notion de groupe, déjà limitée, disparaît presque : seule Amy Lee écrit, compose et se retrouve dans les médias, et les autres membres jouent aux chaises musicales. En 2006 sort The Open Door, surfant sur la vague du succès de Fallen. Derrière « Call Me When You’re Sober » puis « Lithium » et « Sweet Sacrifice », c’est un opus très proche du précédent, légèrement moins bon à cause d’une impression de déjà-vu.
En 2007, le guitariste et le batteur quittent le groupe à leur tour. Evanescence se retrouve dans le creux de la vague, enchaînant les tournées sans rien produire de neuf. Un nouveau titre est enregistré l’hiver 2010 : « Together Again », chanté pour lever des fonds pour les réfugiés du séisme à Haïti, et copie conforme des titres joués par le groupe dans les albums précédents (et quasiment passé inaperçu). Le groupe n’a plus la même envergure médiatique que précédemment mais promet un album pour le début de l’année 2011… qui n’est toujours pas sorti. Après une longue période de silence, réussir son retour médiatique semble compliqué.

Parmi les (nombreux) groupes dont on n’entend plus parler depuis qu’ils ont crevé l’écran avec un seul titre, Jet est une figure incontournable. Depuis « Are You Gonna Be My Girl », le titre qui les a révélé en 2003 à l’occasion de la sortie de leur premier album (Get Born), le groupe australien se trouve dans le creux de la vague médiatique.
Pourtant, tout avait bien débuté. Un premier single qui fait un carton et qui se retrouve diffusé de partout (radios, mais aussi jeux vidéo), un deuxième, « Rollover D.J. », qui suit la même trajectoire (en un peu plus modeste), un album vendu au total à 3,5 millions d’exemplaires, puis… plus rien. Enfin, rien de diffusé à l’échelle planétaire. En 2006, Jet enregistre un successeur à Get BornShine On est né, mais brille nettement moins que son prédécesseur. Derrière des titres pourtant accrocheurs comme « Put Your Money Where Your Mouth Is »« Holiday » ou « Bring It On Back », l’album n’obtient pas le même succès que l’opus précédent.
En 2009, les quatre Australiens retentent leur chance avec Shaka Rock, un troisième album dans la lignée des deux précédents. Des riffs dynamiques, un chanteur qui crache parfois ses tripes dans son micro, peu de choses ont changé depuis Get Born : le seul changement significatif est l’arrivée du synthétiseur dans certaines chansons (« Seventeen »« Goodbye Hollywood »). Encore une fois, les retombées sont loin de celles du premier album.
Si l’on comprend parfois que des groupes aient un succès plus intimiste au fil des albums, il est difficile de trouver une explication concernant Jet, hormis l’effet de mode. En 2003, « Are You Gonna Be My Girl » devait être exactement ce que les radios cherchaient à diffuser et ce que les gens voulaient entendre. C’est la seule explication plausible, puisque Jet n’a pas changé, au niveau de la composition du groupe ou de la musique. Finalement, « K.I.A. (Killed In Action) » résume (pour l’instant) leur carrière.

En 2006, trois Ecossais commencent à faire le tour des radios et des scènes, grâce notamment à leur single « Chelsea Dagger », qui les révèle au public. The Fratellis, formé l’année précédente, sort alors son premier album, Costello Music. L’enregistrement annonce un groupe très prometteur, aux mélodies sympathiques, rapides et efficaces. D’autre singles accrochent l’oreille, comme « Henrietta » (le premier), « Baby Fratelli », ou encore « Flathead », qui sera utilisé par Apple pour les publicités iPod en 2007. Mais ce qui marque, c’est la qualité d’ensemble de Costello Music, qui se fait sa place dans les albums à avoir. Le trio est attendu en 2008, lors de la sortie de son deuxième opus, Here We Stand. Il n’a pas eu le temps de quitter le devant de la scène, et « Look Out Sunshine! » déferle donc immédiatement. Le reste de l’album est un peu inégal, et déçoit légèrement. Si The Fratellis ont fait l’effort ne pas répéter ce qu’il savait faire sur Costello Music, on a l’impression que l’exercice les a pris de cours. « Milk And Money » ou « A Heady Tale » relèvent toutefois le niveau d’un album bon, mais sans plus.

The Fratellis se sépare en 2009 en laissant planer le doute quant à une éventuelle reformation. Un scénario difficilement envisageable pour le moment. Le chanteur/guitariste John Lawler, alias Jon Fratelli, a formé Codeine Velvet Club avec la chanteuse Lou Hickey. Le groupe, qui tourne autour de ce duo, opère une sorte de remontée dans le temps, avec une musique rappelant les années 1950-60 et ses chanteuses dans les cabarets. Un album est sorti en 2009 (Codeine Velvet Club), porté par des titres de bonne facture comme « Little Sister ». Le groupe est d’ores et déjà entre parenthèses, puisque Jon Fratelli a lancé sa carrière solo fin 2010. Les autres membres du groupe se sont eux aussi tournés vers de nouveaux projets. Le bassiste Barry Wallace (qu’on appelait Fratelli, d’où le nom du groupe) continue à jouer mais ne donne pour l’instant pas de nouvelles. Enfin, Gordon Mc Rory (Mince Fratelli), le batteur, a rejoint un groupe de heavy metal nommé Throne o’ Diablo.