Dans la tentaculaire scène britannique, les artistes se suivent et ont peut-être un peu tendance à se ressembler, à la longue. L’année dernière, alors qu’Adele  affolait les charts (aussi bien en France qu’au Royaume-Uni, fait assez rare pour être signalé) en réussissant à voler de la part de marché à Lady Gaga ou Justin Bieber, une autre jeune femme s’est lancé avec son premier album, Seven Rainbows.
Dans un registre pop-rock somme toute assez classique, Alice Gold (de son vrai nom Alice McLaughlin) fait justement son trou avec simplicité. Une voix et une musique rappelant celles de KT Tunstall (« Cry Cry Cry »), la jeune britannique se démarque toutefois avec un jeu de guitares plus prononcé (« Runaway Love », « Orbiter ») ainsi que la présence de synthés, inexistants chez KT Tunstall.
Pour le reste, Alice Gold suit un peu les traces de son aînée, si l’on occulte le fait qu’elle n’a pas bénéficié d’un aussi grand tremplin que KT Tunstall au début de sa carrière. Quand celle-ci voyait son tube « Black Horse And Cherry Tree » reprit par Vodafone, Alice Gold doit se contenter de la tournée des festivals (T in The Park, Glastonbury) pour être vue et entendue.

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« Give me a reason to love you. Give me a reason to be a woman. » Ou comment résumer toute la gloire de Portishead en deux phrases. Nous sommes en 1994. Le trio trip-hop britannique vient de sortir son premier album, Dummy, et les radios raffolent du premier single, « Glory Box » (d’où sont tirées ces deux phrases). Le mouvement trip-hop, méconnu, vient de trouver une nouvelle visibilité grâce à Portishead. Mais quand le groupe retournera dans l’anonymat (assez rapidement, juste le temps de gagner le Mercury Music Prize 1995, une distinction qui se veut la concurrente des Brit Awards), le trip-hop redevient un genre ignoré du grand public.
Outre les 3 minutes 30 du rythme lancinant de « Glory Box », l’album Dummy est une réussite, tant musicale que commerciale. Mais le deuxième opus, Portishead (1997), n’obtient pas le même écho que son prédécesseur. Pourtant, le style est le même et la qualité est toujours au rendez-vous (« All Mine »« Elysium »). Mais la mode a changé (c’est The Verve qui cartonne, Radiohead sort OK Computer) et Portishead doit se contenter d’un succès bien plus restreint.
L’année suivante, la chanteuse Beth Gibbons prend ses distances avec Portishead, sort un album avec l’ex-bassiste de Talk Talk (Out Of Season, 2002), puis annonce en 2003 qu’elle retrouve le groupe pour préparer un troisième opus. Finalement, Third sort en 2008, avec un style un peu différent des prédécents. La trip-hop est toujours à la base, mais le trio se lance un peu dans l’expérimental (« Machine Gun »). Un aspect qui nuit au succès de Third, qui ne glisse peut-être pas assez entre les oreilles pour charmer un large public.

Qui a dit que la musique contestataire n’existait plus ? En marge des émeutes à Londres en août 2011, trois hommes se font petit à petit connaître en jouant leurs chansons dans les cortèges de manifestants. Derek Meins, armé d’un mégaphone, et Robert Dylan Thomas et T-Train, assis chacun à une batterie, encouragent la contestation à coups de textes engagés.
Sans détours, The Agitator veulent inciter les gens à dire non, en réponse à la crise financière et par opposition à la classe politique. L’objectif, être le plus percutant possible, et donc ne pas se perdre dans les détails : les paroles sont claires, les refrains en forme de slogans efficaces (« Let’s Start Marching »), et la musique est minimaliste (« Give Me All That You Got »). « Les guitares sont pour les tapettes capitalistes décadentes », explique le groupe sur sa page Facebook.
Pourtant, on trouve dans le jeu des voix et des percussions bien plus de mélodie que l’on pourrait croire. Si certains titres sont clairement inspirés du hip-hop (« Get Ready »), on oublie bien vite l’absence d’instruments (« Say No! »). On comprend aussi le nom du groupe : la musique est destinée à agiter les cerveaux, mais aussi les membres.
Avec l’énergie qu’ils dégagent sur scène, The Agitator portent bien leur nom. Celui de trois agités qui ambitionnent de changer les choses en réveillant les gens qui les écoutent.

C’est certainement un groupe de plus dans la longue série des « quatuors globalement inconnus que l’on écoute d’une oreille distraite ». C’est d’autant plus vrai que Be Your Own Pet a existé durant quatre ans. Le temps d’enregistrer deux albums bourrés d’énergie. Les différences entre Be Your Own Pet (2006) et Get Awkward (2008) sont ténues, ils entrent tous les deux dans la catégorie des enregistrements d’ados attardés qui cherchent à faire un maximum de bruit.
Alors oui, Be Your Own Pet, ce n’est certainement pas un concentré d’envolées lyriques. Ce n’est pas une grande recherche musicale non plus. C’est en revanche un de ces groupes entre le punk et le garage, qui braillent dans un micro juste pour le plaisir de faire de la musique. Leurs albums regorgent aussi de références à leurs aînés en matière de musique, parmi lesquels Led Zeppelin (« Stairway To Heaven ») ou Queen (« Bicycle, Bicycle, You Are My Bicycle »).
Le groupe mené par Jamina Pearl est à l’origine d’une flopée de titres courts et entraînants (« Adventure »« Heart Throb »). Des chansons qui résument plutôt bien la carrière de Be Your Own Pet, qui rappelle un peu le slogan « live fast, die young ». Les deux albums du groupe vont à cent à l’heure, et l’histoire du quatuor s’est arrêtée presque aussi vite.

C’est un peu comme ouvrir une boîte dans laquelle se trouve un diable à ressort. Dès les premiers accords de Marcata, l’album des Irlandais de The Minutes, les riffs sont gras, Mark Austin hurle plus qu’il ne chante, le batteur cherche à trouer sa caisse claire. La seule véritable différence avec le diable en plastique de la boîte, c’est que celui-ci reste immobile au bout d’une ou deux secondes.
Marcata, ce serait plus une boîte de Pandore remplie de bruit et d’énergie (« Monster », « Secret History »). Durant les 34 minutes que dure la déflagration, on plonge dans un rock garage qui donne envie de pousser des murs. Heureusement, l’album contient aussi des sonorités blues (« Black And Blue (A Letter) »), ce qui nuance légèrement le ressenti global, et permet d’éviter de passer uniquement pour un bourrin ou un adolescent en pleine remise en cause de l’autorité.
The Minutes, aussi explosifs sur scène qu’en studio, semblent être l’archétype du groupe à écouter dans un garage crasseux avec une chaîne hi-fi sur le point de rendre l’âme.

A écouter en boucle (5/5)

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Gallois de Los Campesinos! sont des rapides. Formé en 2006, le groupe a sorti deux albums en 2008 (Hold On Now, Youngster ; We Are Beautiful, We Are Doomed), un en 2010 (Romance Is Boring), et un cette année, Hello Sadness. Et avec eux, quantité rime avec qualité. Hello Sadness s’inscrit dans la continuité des opus précédents, ce son pop plutôt tranquille et un peu guilleret, avec une touche un peu plus négative cette fois.
Los Campesinos! se sont toujours basés sur le contraste entre une musique positive et des paroles qui le sont moins (« Romance Is Boring »). Mais cette fois, la musique elle aussi est un peu plus sombre, tandis que les textes gardent le même esprit. En témoignent « Every Defeat A Divorce (Three Lions) » ou « Light Leaves, Dark Sees Part II », et leur rythme pesant. Autre nouveauté, des sons un peu électro, comme sur « By your Hand » (un titre dont le clip montre à lui tout seul l’arrivée dans un univers plus sombre qu’auparavant).
Avec Hello Sadness, Los Campesinos! ralentissent le rythme de leur musique, mais composent toujours aussi vite. Et bien.

Une bonne affaire en cas de temps/d’argent en plus (4/5)

C’est l’histoire d’un groupe qui a existé pendant six minutes à la radio. The Verve (1989-2009), c’est essentiellement « Bittersweet  Symphony », ce tube britpop de 1997 qui a envahi toutes les paires d’oreilles, consentantes ou non. Avant, deux albums et une séparation. Après, un album et deux séparations.
La bande à Richard Ashcroft a lancé sa carrière en 1993, avec A Storm In Heaven. Un album intéressant, pile dans la britpop qui commence à avoir du succès, mais à une époque où Jordy et Patricia Kaas sont en tête des ventes de disques en France. L’album contient quelques pépites, comme « Star Sail » ou « Butterfly ». L’album suivant ne confirme pas. The Verve enregistrent A Northern Soul en 1995, un opus fade et peu inspiré. Proches d’Oasis (avec qui ils ont joué à plusieurs reprises), les quatre britanniques se font dépasser par le groupe des frères Gallagher. Le groupe finit par se séparer et laisser la britpop se résumer à un duel Oasis-Blur.
En 1997, après un changement de guitariste, The Verve devient enfin un groupe connu, grâce au tube « Bittersweet Symphony ». L’album Urban Hymns qui l’accompagne est probablement l’un des meilleurs des années britpop. L’opus regorge de titres accrocheurs (« The Rolling People »« Come On »« Catching The Butterfly ») et permet à The Verve de réaliser la plus grosse vente d’albums dans le monde pour 1997, tous genres musicaux confondus.
Mais après un an de tournée et une ambiance délétère, les membres se séparent une nouvelle fois en 1999. C’est le moment pour Richard Ashcroft de s’essayer à une carrière solo, avec plus ou moins de réussite. Pendant ce temps, le guitariste Simon Tong remplace Graham Coxon pour les concerts de Blur, joue avec Gorillaz et enregistre en 2007 l’album The Good, The Bad And The Queen avec Damon Albarn et Paul Simonon.
The Verve revient finalement en 2008, avec Forth, un album qui a pour principal défaut de s’être trouvé dans les bacs au mauvais moment. Alors que la britpop s’enterre peu à peu, la bande d’Ashcroft lui rend ce qui ressemble à un dernier hommage. Entre « Love Is Noise »« Sit And Wonder », « Appalachian Springs » et la ballade « Judas », certains titres auraient certainement eu beaucoup plus de succès dix ou quinze ans auparavant.
The Verve se sépare à nouveau en 2009, tout en laissant planer le doute sur une éventuelle future reformation. Et en laissant un fort goût d’inachevé.