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Petit flash-back : nous sommes en 2003, toutes les radios diffusent le même morceau, LE morceau, radiophonique à souhait, celui qui va sauver l’industrie du disque : surfant sur la vague mélancolico-gothique du moment, Hoobastank s’impose comme une référence pour les adolescents qui cherchent une bonne chanson sur laquelle pleurer (ou se donner l’image de quelqu’un de sensible). « The Reason » devient le titre à la mode et donne au groupe une image romantique. Ceux qui auront eu la curiosité d’écouter l’album The Reason en entier à la recherche d’un autre titre larmoyant seront alors déçus : Hoobastank joue plutôt dans le registre des riffs de guitares énervés, dans le pur style du rock US du moment (Sum 41, Linkin Park ou Green Day).

Deux autres singles de The Reason sont bien plus en accord avec le style du groupe : « Out Of Control » et « Same Direction ». Rythme rapide, paroles parfois criées, le principe du groupe pour adolescent : parfois rebelle, parfois anéanti par la dureté du monde (Where should I go ? What should I do ? I don’t understand what you want from me, dans « Out Of Control »). Le groupe, créé au lycée en 1994, a sorti son premier album en 2001, simplement titré Hoobastank. Un opus digne d’un premier album, avec le même style que The Reason et des titres évocateurs qui ne resteront pas dans les annales (« Running Away », « Remember Me », « Crawling In The Dark »).

A partir de 2005, le quatuor américain doit gérer son nouveau statut de groupe à succès. Le troisième album, Every Man For Himself, sort plus ou moins dans l’indifférence. Au programme, copies ratées de The Reason (« Moving Forward », « If I Were You », « More Than A Memory »), titres énergiques dont on commence à saturer (« Without A Fight », « Don’t Tell Me »), il n’y a que « Born To Lead » qui relève le niveau, en renouvelant un peu le genre musical du groupe. Hoobastank vieillit et n’a pas encore touché le fond.

En 2009, le monde a évolué. Pas Hoobastank. For(N)ever est le quatrième opus du groupe, qui change de bassiste au passage. La musique est aussi vaseuse que le jeu de mot. Alors que les groupes qui jouaient dans un registre proche d’Hoobastank ont changé en partie leur musique (reprenons Green Day, Sum 41 et Linkin Park), la bande à Doug Robb s’enterre un peu plus en répétant les mêmes refrains. Les couplets de « The Letter » et « Tears Of Yesterday » sortent un peu du lot. Pour le reste, la soupe « rock adolescent énervé » commence à rancir (« My Turn », « You’re The One »). Les sorties de deux compilations, en 2009 et 2010, renforcent l’idée que le groupe devraient songer à la retraite. Un nouvel album a malgré tout été enregistré, sans date de sortie pour l’instant. Encore un de trop ?

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Alors que de nombreux artistes se tournent vers des sonorités plus pop, ou au moins plus calmes, les Foo Fighters partent à contre-courant, en restant dans leur univers de guitares agressives et de riffs efficaces pour leur nouvel album, Wasting Light. Le premier titre, « Bridge Burning », annonce la couleur, avec une introduction tout ce qu’il y a de plus énergique. Le reste de la chanson est dans la même veine, les titres qui suivent aussi. « Rope »« White Limo » ou « Miss The Misery » entrent eux aussi dans la catégorie des titres énervés qui vous donnent envie de sauter sur les murs.
Avec d’autres tubes comme « Back & Forth », « Walk », « Dear Rosemary » ou encore « Arlandria »Wasting Light, septième album du groupe de Seattle, est loin d’être l’opus de trop. Les Foo Fighters n’ont rien perdu de leur qualité et de leur énergie, et nous rappellent ainsi qu’il reste de la place pour les riffs de bourrin et les groupes énergiques. Peut-être pas dans les charts, mais en tout cas dans les oreilles des amateurs de musique. Et c’est l’essentiel.

Une (très) bonne affaire en cas de temps/d’argent en plus (4,5/5)

Un groupe américain qui joue de la musique qui bouge, c’est courant. Cage The Elephant l’est un peu moins. Avec un chanteur aux faux airs de Kurt Cobain ou Anthony Kiedis (look, dégaine sur scène), le groupe originaire du Kentucky compte bien setailler la part du lion. Et il ne manque pas d’argument. Après un premier album (Cage The Elephant, 2008) parfois dansant (« In One Ear »), parfois plus calme (« Back Against The Wall »), limite groovy (« Ain’t No Rest For The Wicked »), Cage The Elephant a sorti cet hiver son deuxième opus, Thank You Happy Birthday.
Le groupe a sans conteste franchit un palier dans l’enregistrement de ce deuxième album : les mélodies sont un peu plus travaillées, l’univers musical de Cage The Elephant s’est élargi. Outre des titres toujours groovy (« Always Something ») ou assez calmes (« Shake Me Down », « Right Before My Eyes »), on trouve aussi une part de garage (« Sell Yourself », « Sabertooth Tiger »), presque noisy parfois (« Indy Kidz ») et des traces de rock psychédélique (« Around My Head »). Le groupe donne une impression de maturité, les titres ne sont plus des enchaînements d’accords sans importance et se paye même le luxe d’enregistrer une ballade (« Rubber Ball ») après un titre agressif.
Cage The Elephant progresse petit à petit. S’ils continuent sur leur lancée, imaginons ce que le groupe vaudra à la sortie d’un hypothétique cinquième album.

Je vis actuellement à Dublin, où Deezer fonctionne très mal (le catalogue est presque vide). Les liens vers les albums redirigent donc dorénavant vers d’autres sites de streaming.

C’est le dictionnaire qui le dit. Pour l’instant, Evanescence a un nom plutôt prémonitoire, pour plusieurs raisons. En 2002 sort le film Daredevil, dont la bande-son est en partie réalisée par un groupe qui se définit comme gothique, constitué avant tout d’un duo, Amy Lee et Ben Moody, accompagnés de quelques musiciens additionnels. L’année d’après, Evanescence sort Fallen et se révèle au monde entier. Propulsée par le charisme d’Amy Lee, l’effet de mode du gothique et le battage médiatique autour de Daredevil (un film qui finalement aura déçu la majorité), la musique d’Evanescence devient incontournable : « Bring Me To Life »« Going Under »« My Immortal » puis « Everybody’s Fool » sont omniprésentes sur les radios. L’album, bon dans l’ensemble, contient d’autres tubes, comme « Imaginary », et se vend à environ 14 millions d’exemplaires à travers le monde.
Evanescence est né bien avant, en 1996 officiellement. Formé autour du duo Ben Moody-Amy Lee, le groupe a enregistré plusieurs EP dans les années 1990, puis un album, Origin (2000), distribué à très peu d’exemplaires et qui fait aujourd’hui la joie des collectionneurs.
Peu après la sortie de Fallen, on a bien cru que le groupe lui-même allait tomber : Ben Moody s’en va, privilégiant une carrière solo. Evanescence se compose donc d’Amy Lee… et de ses musiciens. La notion de groupe, déjà limitée, disparaît presque : seule Amy Lee écrit, compose et se retrouve dans les médias, et les autres membres jouent aux chaises musicales. En 2006 sort The Open Door, surfant sur la vague du succès de Fallen. Derrière « Call Me When You’re Sober » puis « Lithium » et « Sweet Sacrifice », c’est un opus très proche du précédent, légèrement moins bon à cause d’une impression de déjà-vu.
En 2007, le guitariste et le batteur quittent le groupe à leur tour. Evanescence se retrouve dans le creux de la vague, enchaînant les tournées sans rien produire de neuf. Un nouveau titre est enregistré l’hiver 2010 : « Together Again », chanté pour lever des fonds pour les réfugiés du séisme à Haïti, et copie conforme des titres joués par le groupe dans les albums précédents (et quasiment passé inaperçu). Le groupe n’a plus la même envergure médiatique que précédemment mais promet un album pour le début de l’année 2011… qui n’est toujours pas sorti. Après une longue période de silence, réussir son retour médiatique semble compliqué.

Amateurs d’albums révolutionnaires, passez votre chemin. The Kills revient avec Blood Pressures, trois ans après Midnight Boom. Et rien n’a changé, ou presque. Le rythme groovy des précédents opus est toujours là (« Satellite », « Damned If She Do »), avec parfois une légère touche d’électro (« Heart Is A Beating Drum »). Blood Pressures est donc une nouvelle plongée dans l’univers du duo anglo-américain, sans grande nouveauté. Un moyen tout de même de profiter de cette ambiance à la fois sombre, groovy, énergique et crasseuse (« Nail In My Coffin », « DNA », « Baby Says »).
Le quatrième album de The Kills ne réserve finalement qu’une surprise : « The Last Goodbye », un titre seulement au violon et au piano. Pour le reste, c’est plus ou moins la copie conforme de ce que le groupe a déjà joué auparavant. Pas désagréable, mais pas transcendant non plus si l’on n’est pas déjà un inconditionnel de The Kills.

Attendez une promo pour l’acheter (3,5/5)

 

La télékinésie, c’est la capacité de faire bouger des objets par la pensée. Telekinesis, un jeune groupe originaire de Seatlle, c’est un peu pareil : une fois que l’on connaît, on a envie de sautiller sur place simplement en s’imaginant à l’écoute de leur deuxième album, 12 Desperate Straight Lines, paru en février dernier. Leur recette est plutôt simple, mais drôlement efficace : rythme dynamique et plus ou moins dansant (« Gotta Get It Right Now », « I Got You »), riffs plus ou moins gras (« Please Ask For Help », « 50 Ways »), voix claire… le quatuor américain se glisse facilement dans votre bibliothèque musicale, rappelant la fraîcheur de The Twees ou Satellite Stories (« Dirty Thing »).
12 Desperate Straight Lines débute pourtant avec un titre calme (« You Turn Clear In The Sun »), annonçant un album plus reposant que ce qu’il est au final. Le calme revient dans l’introduction de « Fever Chill » et dans « Patterns ». Le reste du temps, le groupe a la pêche et le fait savoir. Telekinesis est un groupe qu’on a du mal à imaginer en train de jouer sous la pluie. Dans ce cas, elle s’arrête après les premiers accords.

Accords impeccables, voix posées, arrangements parfaits, guitares enflammées… autant de choses à oublier complètement s’il vous vient à l’idée d’écouter Times New Viking. Le trio américain est plutôt à classer dans le genre rock crasseux, option lo-fi (« No Time, No Hope »). Pas facile de percer quand on joue une musique pas vraiment radiophonique (loin de moi l’idée de critiquer les radios ici, cela paraît réellement inimaginable d’entendre un jour Times New Viking, quelle que soit la station). Le groupe persévère pourtant, avec déjà quatre albums au compteur, tous plus crades les uns que les autres, et dans lesquels il n’y a pas de basse mais un synthé.
Tour à tour entêtante (« Indian Winter », « Teen Drama »), entraînante (« We Got Rocket », « Drop-Out ») ou psychédélique (« Lovers’ Lane »), la musique de Times New Viking rappelle certains délires des Pixies et nous offre d’une manière plus générale un retour dans cette période entre la fin des années 1980 et les années 1990, où jouer un son crasseux pouvait aussi être la marque des plus grands (Pavement). Ces trois Américains nous rappellent que la musique peut aussi être le plaisir tout simple de gratter quelques cordes ou de taper sur des peaux avec des baguettes, sans systématiquement rechercher l’esthétique parfaite (ou l’esthétique tout court en l’occurrence).
Le cinquième album du groupe, Dancer Equired, est prévu pour la fin du mois d’avril prochain.